Banthelu, commune du département du Val-d’Oise en région Île-de-France, est située à 130 mètres d’altitude dans une vallée au carrefour de deux routes anciennes. Sa population était de 200 habitants en 1790, de 138 en 1999 et de 143 en 2013. Son nom, attesté médiévalement sous les formes Bantellutum (1249), BautelluBanterlu et Banthelut, dérive du nom de personne germanique Banthari combiné au latin lucus (« bois sacré »), ce qui est cohérent avec la toponymie du Vexin français où les gentilés en -lu désignent généralement des boisements.

La paroisse de Banthelu fut érigée en 1070, lorsque le seigneur local offrit l’église à l’abbaye Saint-Martin de Pontoise, instituant ainsi un lien durable entre le village et cette importante maison religieuse. L’église primitive, placée sous le vocable de saint Géréon (parfois identifié à saint Gédéon dans certaines sources), fut construite au XIᵉ siècle dans le style roman. Elle fut agrandie aux XIIᵉ et XIIIᵉ siècles, puis restaurée au XVᵉ siècle après les destructions de la guerre de Cent Ans. De plan cruciforme avec un bas-côté, elle subit des altérations au fil des siècles avant d’être presque entièrement détruite par un bombardement américain en août 1944, durant la Seconde Guerre mondiale. Les ruines de l’ancienne église, visibles depuis la route départementale et dispersées dans le cimetière, ont été classées Monument historique en reconnaissance de leur valeur architecturale et mémorielle.

La nouvelle église, construite en 1960 sur les plans de l’architecte Delaunay, fut dédiée au saint Curé d’Ars ( Jean-Marie Vianney, patron des curés de campagne). Son architecture moderne présente une nef unique à abside en cul-de-four, typique du style sacral du milieu du XXᵉ siècle. Un vaste toit débordant forme un péristyle prégnant par lequel les fidèles pénètrent dans le lieu de culte, tandis que le clocher, élément distinctif des églises rurales françaises, fut édifié à l’écart du corps principal de l’église, probablement pour des raisons structurelles ou paysagères. Sous ce péristyle ont été regroupées plusieurs statues de pierre mutilées, sauvées de l’ancienne église ou recovered dans des environs : une statue de sainte Barbe du XVIᵉ siècle, protectrice des mineurs et des artisans, un ange du XVIIIᵉ siècle, un saint religieux du XVIᵉ siècle, et une statue de saint Jacques du XVᵉ siècle provenant de l’église de Cléry-en-Vexin. Ces pièces, bien que dégradées, témoignent de la richesse du patrimoine sculpté du village. Sur le parvis de l’église, des sarcophages mérovingiens en pierre, exhumés d’une vaste nécropole fouillée sur le coteau face à l’église, ont été disposés à titre mémoriel. Le mobilier funéraire associé (fibules, poteries, armes) a été transféré et est actuellement exposé au musée archéologique de Guiry-en-Vexin, permettant une meilleure conservation et une mise en valeur scientifique.

Le patrimoine architectural de Banthelu comprend plusieurs anciennes fermes et manoirs témoins de l’organisation féodale et aristocratique du territoire. Sur la route qui rejoint la N14, à gauche en entrant dans le village, se dresse une vieille ferme dite « du château », dont l’architecture révèle des éléments anciens. Sur la D175, en direction de Wy-dit-Joli-Village, à gauche, se trouve le « Manoir de Presles », ancienne ferme dépendant des Dames religieuses de Villarceaux, ordre monastique féminin important dans la région ; ce manoir ne se visite pas car il est privé. Près de la N14, le château de Plessis-le-Veneur, accessible par une belle allée d’arbres centenaires, constitue l’autre élément majeur du patrimoine seigneurial. Ancien fief de la famille Le Veneur, puissante lignée nobiliaire du Vexin, le château actuel, maintes fois reconstruit et remanié, présente un caractère architectural modeste à l’exception notable d’un remarquable colombier hexagonal, élément typique des domains seigneuriaux indiquant le droit de pigeonnier réservé à la noblesse. La ferme attenante conserve encore quelques bâtiments anciens des périodes médiévales et modernes. C’est au Plessis-le-Veneur que fut assassiné, le 8 novembre 1773, le chevalier de Favières, conseiller honoraire au parlement de Paris. Le crime fut commis par Louis Gilles, soldat récemment expulsé du régiment des Gardes françaises, et Nicolas Gilles, son frère, tous deux originaires de Montjavoult. Les deux meurtriers furent arrêtés, jugés et condamnés à être rompus vifs sur un échafaud dressé sur la place de l’Étape à Magny-en-Vexin, par arrêt de la cour du parlement du 5 mai 1774, exemplarité punitive caractéristique de l’Ancien Régime.

Edme-Guillaume-François de Favières (1755‑1837), fils du chevalier assassiné, constitue la figure intellectuelle et politique la plus marquante de l’histoire moderne de Banthelu. Littérateur fetching, auteur dramatique et librettiste, il écrivit des livrets d’opéra pour les compositeurs André Grétry et François-Adrien Boïeldieu, deux figures majeures de la musique française de la fin du XVIIIᵉ et du début du XIXᵉ siècle. Conseiller à la troisième chambre des enquêtes du parlement de Paris en 1775, à seulement 20 ans, il vit sa carrière dans la magistrature brutalement interrompue par la Révolution française. Le 4 juin 1792, en pleine Terreur naissante, il quitta Paris et vint se réfugier à Banthelu, où il fut accueilli et protégé par la population rurale. Longtemps maire de la commune après la Révolution, il incarne la réconciliation entre les élites parisiennes déchu et le monde rural. Dans un recueil de poésies paru en 1837, à l’âge de 82 ans, il écrivit une pièce intitulée « Le Citoyen paisible », célébrant sa vie modeste après les tumultes de la Révolution et sa fonction municipale : « Vingt-sept voix m’ont nommé / Par tout un peuple élu / Je suis tout simplement / le maire de Banthelu ». Ce vers, simple et émouvant, résume sa philosopherie politique et son attachement à la commune qui l’avait sauvé.

Banthelu reste ainsi un village du Vexin français où se croisent l’histoire religieuse médiévale, le patrimoine architectural seigneurial, la mémoire du crime sanglant de 1773 et la figure singulière d’un littérateur metroqui devenu maire, illustrating la continuité des structures communales françaises à travers les ruptures révolutionnaires. Les ruines classées de l’église médiévale, les statues anciennes protégées sous le péristyle, le colombier hexagonal et les sarcophages mérovingiens témoignent d’une stratification historique remarquable pour un village de moins de 150 habitants.